GOSPEL CONGOLAIS : EVOLUTION OU RÉBELLION ?

Par redaction

 

 

En ce 21 juin consacré à la fête de la musique à travers le monde entier, gospelmuzik.cd nous propose une série des réflexions sur la musique chrétienne aujourd'hui. Les points de vues émis dans ces réflexions ne sont pas ceux de gospelmuzik.cd et n'engagent que leurs auteurs. Pour preuve, ils sont inscrit dans la rubrique "opinion".

La direction que prends la musique chrétienne dites gospel ainsi que la naissance des  groupes de louange, et ceux qui font la carrière solo suscitent un certain nombre de réflexions au sein de l’église, Corps de Christ. De par sa définition, nous ne pouvons qu’émettre des avis positifs à propos de ce phénomène : louer Dieu, chanter la gloire de Dieu; toutefois, un examen minutieux met à jours et c’est à notre regret plus de désaccords de fond avec la Parole de Dieu et il devient nécessaire de poser de vraies questions, tout en se gardant de prises de positions personnelles.

De prime abord, il importe de nous assurer que nous avons en tête la même définition du gospel, ensuite, nous aborderons quelques faits positif/négatif. Plus haut nous avons évoqué la louange à Dieu, qui a pris une certaine importance et a acquis une nouvelle influence. Nous conviendrons tous que celle-ci sous une certaine influence du milieu charismatique a adoptés à l’unanimité le vocable de « l’adoration ». Plus loin, et vu que ces expressions sont toutes proches, voire synonymes à savoir louange, adoration, musique chrétienne, car elles font désormais partie, de fait, de la même sphère nous les utiliserons dans le même contexte. Certes, qu’il existe des nuances dans leur compréhension si nous allons dans les détails, mais l’idéal pour nous serait de retenir d’elles une idée générale.

LA PLACE DE LA LOUANGE

Nous allons ici ressortir seulement quelques points importants pour la seule raison qu’il ne sera pas dans cette étude question pour nous de faire une analyse exhaustive de la louange, des différentes étymologies employées dans la Bible, et de l’étendue des significations et subtilités du sujet.

Retenons que la louange est une puissante composante de la foi, expression de notre gratitude, et ce, de l’Ancien au Nouveau Testament. Elle est initialement l’exaltation de Dieu : Sa puissance, Sa beauté, Son infinie sagesse, Sa miséricorde, Sa grâce.

Depuis les fondements de l’univers, la louange semble avoir toujours existé (1 Chroniques 15:16). Ezéchiel 28, nous révèle que l’origine de la louange est céleste, et que Satan y jouait un rôle prépondérant avant la Chute, alors que son nom était encore Lucifer (en hébreu : astre brillant, voir Esaïe 14:12) et que cela fut en partie la cause de sa déchéance (précipité hors de la sphère céleste, sur la terre, à cause de l’orgueil qui fut trouvé dans son cœur.

La louange est encore présente dans Apocalypse. A la fin des choses et après que la dernière page terrestre soit tournée, dans une louange céleste et inspirée par la vision de la gloire (5:9, 14:3, 15:3).

Nous savons que Jésus a chanté des psaumes (Matthieu 26:30), et que l’apôtre Paul encourage les chrétiens à s’exhorter et s’enseigner les uns les autres en s’entretenant «par des psaumes et des hymnes et des cantiques spirituels, chantant et psalmodiant de tout votre cœur au Seigneur» (Éphésiens 5:19).

Il ne devrait donc pas être nécessaire de démontrer à quel point la louange, la musique qui l’accompagne, et l’adoration sont sensées occuper une place majeure dans la vie du chrétien.

Il semblait néanmoins important d’établir un préambule clair sur les indiscutables aspects positifs avant d’aborder des points qui doivent exercer notre jugement (dans le sens de discerner et non de condamner – 1 Corinthiens 6:3, 1 Corinthiens 11:31, 1 Corinthiens 14:29, 1 Thessaloniciens 5:21).

 

EXPANSION, DÉVIATIONS ET EXAGÉRATIONS

Phénomène récent dans l’histoire de l’Église au Congo, nous assistons à l’avènement d’un certain type de musique chrétienne depuis une vingtaine d’années, durant lesquelles sont apparues des productions diverses, accompagnées d’une popularité nouvelle et dont le succès s’affirme de plus en plus.

Même s’il faut le reconnaître que la musique chrétienne est un grand levier du réveil à venir, atteignant le monde et déclenchant des conversions comme on le voit à chaque campagne d’évangélisation.

Sur le plan de l’expansion, les choses semblent être conformes à cette prédiction, et le succès grandissant de la musique chrétienne n’est sans doute pas sans impact dans une certaine forme d’évangélisation, mais sans commune mesure (pour l’instant) avec l’hypothèse d’un réveil mondial.

Bien plus, certains points inquiétants ont fait leur apparition :

1) le déplacement du rôle de la louange (à l’insu des acteurs du phénomène), qui consiste en une mise en avant excessive.

2) un rapprochement de plus en plus suspect avec l’esprit du monde, qui tend à montrer que les valeurs chrétiennes seraient solubles dans les modes du siècle -et non le contraire comme on se plaît à le penser.

3) un appauvrissement du sens fondamental de la louange, dont les apparences cependant n’ont jamais été aussi brillantes.

ORIGINE BIBLIQUE DE LA MUSIQUE CHRÉTIENNE 

Le plan céleste qui fut révélé à Moïse dans le Sinaï était très clair : pour parvenir au Saint des Saints, à la présence de l' Éternel, les sacrificateurs passaient effectivement par l’autel des parfums (type spirituel de la louange) où brûlaient des mélanges odoriférants réservés à l' Éternel, mais après certaines étapes bien précises, comme préparatoires à ce service.

On rencontrait en premier lieu l’autel où les sacrifices étaient consumés, puis le bassin d’airain où les sacrificateurs se purifiaient, puis le Lieu Saint et l’autel des parfums. Enfin, derrière un épais rideau, dans l’obscurité et le silence, l’arche de l’alliance sur laquelle était déposé le sang de l’agneau, une fois dans l’année (Exode 29, 30, 31).

Chaque détail y était important, et l’ordre des choses devait être toujours scrupuleusement respecté. Aujourd’hui, un conducteur de louange ou un « leader » de groupe de louange qui privilégierait l’aspect musical et technique au détriment du sens que donnent les Écritures à la louange, évoluerait dans une plus grande vulnérabilité spirituelle, et exposerait inévitablement ceux qu’il est chargé de diriger à des risques sacerdotales, dont le premier serait de manquer Le But véritable*. Et c’est ce qui se produit de plus en plus.

Par le symbole de l’autel des parfums, et des parfums eux-mêmes (voir plus loin, « Moïse et les parfums »), nous comprenons le rôle essentiel de la louange, qui s’intègre dans un ensemble révélé : d’abord la confession de la nécessité de la mort pour être réconcilié avec Dieu, au travers d’un sacrifice, Jésus-Christ, seul valable et suffisant pour nous sauver : c’est notre première louange, car nous avons été rachetés «pour que nous annoncions les vertus de Celui qui nous a appelés des ténèbres à Sa merveilleuse lumière» (1 Pierre 2:9). C’est la sanctification, la purification, avant l’entrée dans le lieu saint, dans lequel brille la lumière des Écritures (le chandelier) face à l’autel des parfums (la prière et la louange).

Et c’est l’ensemble de ces choses, et leur présence dans la vie et le cœur du croyant, qui mènent à la présence de Dieu. Cette connaissance devant devenir, du point de vue de Dieu, de plus en plus profonde, jusqu’à acquérir un statut de révélation (une connaissance vivante), sans laquelle l’obéissance et la confiance absolue dans la sagesse divine ne peuvent s’établir durablement.

La louange n’est donc pas le centre de gravité du culte, comme cette idée tend à se répandre dans certains milieux, là où l’importance de la Parole de Dieu lui est subordonnée (tout simplement parce que cette louange est considérée comme un meilleur élément rassembleur, donnant une meilleure image de la foi) ; et si elle fait partie des étapes du chemin du croyant vers la présence de Dieu, elle n’en est ni le socle, ni l’élément déclencheur.

On voit d’ailleurs qu’en plaidant en son temps pour une expérience constante de la louange, l’apôtre Paul a soin de placer la recherche de la pensée et de la volonté divine dans la Parole de Dieu avant la louange :

«Que la parole du Christ habite en vous richement, en toute sagesse vous enseignant et vous exhortant l’un l’autre, par des psaumes, des hymnes, des cantiques spirituels, chantant de vos cœurs à Dieu dans un esprit de grâce» (Colossiens 3:16).

LE GOSPEL ET L’ADORATION

Si nous réfléchissons (et que nous analysons les mouvements de notre cœur), nous constatons que la louange doit être l’expression de notre reconnaissance, de notre joie, de notre espoir, c’est à dire la somme des élans intérieurs vers notre Dieu.

Certains chants, cantiques, hymnes, portés par certaines musiques, transportent littéralement notre âme, stimulent positivement nos sentiments, et semblent nous permettre de pénétrer dans une dimension spirituelle qui nous rapproche de Dieu. Il est possible ainsi de s’extraire des limites des raisonnements charnels, de sortir du naturel pour entrer dans une dimension plus élevée, quelques instants. Mais il semble hélas que cette sorte de communion-là soit dépendante de la stimulation des ingrédients extérieurs, et que sans musique et sans rythme, sans ambiance et sans atmosphère, il devienne plus difficile «d’entrer dans la présence de Dieu», selon la formule consacrée aujourd’hui.

Il est vrai que dans l’Ancien Testament, nous pouvons voir le prophète Élisée s’appuyer sur la musique (consacrée, très probablement) pour entrer dans l’esprit de prophétie (2 Rois 3:15).

Et lorsque le roi Saül était perturbé par un mauvais esprit, la musique inspirée de David lui rendait la paix (1 Samuel 16:16).

Le pouvoir de la musique est donc incontestable, même le monde est au fait de cette connaissance. Il suffit pour s’en convaincre d’observer l’immersion des jeunes dans certains concerts, et face à certaines idoles des musiques en vogue. Les leaders de certains groupes profanes sont investis d’une très grande influence, souvent rebelle, amorale, et c’est bien dans les rangs de ces jeunes que le monde a compté, et compte encore, les plus grands apôtres antichrists. Il est évident que Satan connaît parfaitement bien le potentiel qu’a la musique étant donné que,  comme nous l’avons vu en introduction, ce domaine céleste lui a été tout à fait familier, et qu’il l’a porté en lui (Ezéchiel 28:13). Rien de surprenant que la musique soit pour lui un moyen de manipulation (particulièrement des jeunes esprits) et qu’il cherche par tous les moyens à dévoyer, détourner, polluer cette dimension de la musique chrétienne, en y introduisant (ou en suggérant l’introduction) de «feu étranger», de nature purement charnelle, ou d’emprunts/imports du monde.

Plusieurs axes de cette stratégie sont présentés brièvement ici, au travers d’une illustration biblique :

UNE PRÉSENTATION POUR DIEU MAIS SANS LE SAINT-ESPRIT

Où la sincérité et l’inspiration ne suffisent pas, si nous n’employons pas les moyens de Dieu.

Au début de son règne, le roi David eut à cœur le but très noble – qui pourrait être partagé par nombre de groupes de louange d’aujourd’hui – de ramener l’Arche d’Alliance (type de la présence de Dieu) au milieu d’Israël, afin que la gloire habite de nouveau au milieu du peuple de Dieu (2 Samuel 6). Il s’agit là d’un programme toujours actuel, bien que les Écritures nous enseignent que le Seigneur est toujours avec nous (Mat. 18/20).

Ils la chargèrent donc sur «un char neuf», tiré par des bœufs, pour l’emmener jusqu’à Jérusalem. Il fallait trouver un moyen de transport correspondant au chargement ! Mais à la suite d’un accident de parcours qui fit chanceler l’Arche, un homme (Uzza) mourut en voulant empêcher le précieux chargement de tomber. Dieu le frappa, car nul ne devait porter la main sur elle sous aucun prétexte. Ce moment de fête et de réjouissances bascula dans le deuil, David en fut très éprouvé, et l’Arche fut détournée vers une autre direction.

Si le roi avait consulté la Parole de Dieu, ou ceux qui la connaissaient, il aurait appris que les instructions données par l’Eternel à Moïse étaient claires : l’Arche devait être portée par quatre sacrificateurs, au moyen de barres, qui devaient reposer sur les épaules d’hommes consacrés (Nombres 1:50).

Au travers de cette expérience, qui repose sur une initiative qui semblait pourtant servir les intérêts de Dieu, le jeune roi traversa une épreuve qui lui démontra que le proverbe populaire «qui veut la fin veut les moyens» ne pouvait pas devenir biblique, et que s’il peut nous arriver d’avoir des désirs corrects pour l’œuvre de Dieu, il faudra néanmoins que leur mise en œuvre se fonde sur la méthode divine.

Cette grande leçon doit continuer de nous servir à nous aussi : on ne peut pas rendre un service à Dieu (ou au peuple de Dieu) sans se conformer rigoureusement à l’inspiration divine; et bien des échecs «spirituels» trouvent ici leur explication.

La louange, l’adoration étaient en jeu, et David puisait son mobile dans un désir absolument sincère d’honorer Dieu et de Le servir. Mais ce chemin, qui lui semblait inspiré, entraîna néanmoins la mort d’un homme, l’irritation, l’incompréhension, la peur (2 Sam. 6:9).

Cette histoire nous enseigne avec une très grande force que nous pouvons être comme David une personnalité appelée, élue, compétente dans l’appel qui est le nôtre, et cependant être amenés à faire le constat évident que tous ces paramètres n’assouplissent pas les exigences de la sainteté de Dieu, n’élargissent pas les limites de notre liberté dans l’adoration, mais au contraire doivent nous amener à une plus grande dépendance de la volonté divine, une plus grande fidélité à la révélation qui nous a été laissée au travers des Écritures.

Ce « char neuf » est ici une image de l’alternative mondaine, des moyens naturels, dont nous pensons qu’ils peuvent pallier aux moyens spirituels, souvent interprétés comme contraignants ou dépassés.

LE SHOWBIZ OU LE CHAR NEUF DU MONDE

Dans l’analyse du phénomène de la musique chrétienne actuelle, des nouvelles formes de louange et d’adoration, nous pouvons extraire 3 éléments qui font partie du domaine naturel et qui constituent ensemble – à nos yeux – ce « char neuf » :

1- Le marketing , la main qui vient au secours de Dieu, qui fait la promotion de la louange et de l’adoration (!), et qui serait une aide naturelle pour faire connaître la sainteté; car en effet le marketing chrétien nous explique que … «la musique chrétienne suscite l’adoration», «fait entrer dans l’adoration», et que les artistes chrétiens font partie «d’une nouvelle génération d’adorateurs assoiffés de pouvoir rendre gloire à Dieu au travers d’une louange passionnée et explosive» (Hillsong United).

Telle est la vision, tel est le but avoué. Les qualificatifs et superlatifs abondent, pour nous aider à imaginer «la puissance spirituelle» de tels adorateurs, et de telles adorations… et acheter plutôt ceci, ou plutôt cela. Inimaginable il y a seulement une vingtaine d’années, le christianisme s’est converti dans ce domaine au marketing (ensemble des techniques de persuasion de la communication, dans le but par exemple d’influencer un comportement d’achat) pour donner naissance à une promotion commerciale de la louange de l’Eternel. C’est un acte aux implications spirituelles grave qui a été consenti ici par l’Église.

L’Évangile a-t-il besoin du marketing ?

2- L’argent

" "

Le marketing mène d’une manière naturelle au sujet de l’argent. Lorsque la Bible traite de ce thème, elle emploie l’expression de « Mammon » (personnification de la richesse, et puissance qui contrôle son utilisation) : «Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon» (Matthieu 6:24).

Le fait que la notoriété et la rentabilité puissent se mêler à la louange à l’Eternel s’exprimant au travers de la musique chrétienne, est une donnée non négligeable, qui en rend plus complexe la gestion. Que se passerait-il si les prédicateurs et les prophètes étaient exposés à pareilles pressions et tentations, en étant tenté de réaliser du profit avec les révélations qu’ils reçoivent ?…

Même si nous admettons que l’ensemble des acteurs de la musique chrétienne agit dans la sincérité de son cœur, et que nous lui faisons crédit que chacun ne cherche qu’à louer l’Eternel, nous ne pouvons éviter qu’un soupçon de mercantilisme plane sur le phénomène lui-même. Pour preuve, la tendance à héberger ses cantiques sur les plateformes de téléchargement légales qui a pour but sous-entendu le gain.

Il se trouve cependant que la perspective de réussir une carrière «dans le gospel» peut être considérée par certains jeunes musiciens chrétiens sous des angles qui mettront les saintetés personnelles à rude épreuve, et nous pouvons noter que le monde autour de nous – s’agit-il d’une coïncidence ?- propose également et dans le même temps les mêmes possibilités aux jeunes : devenir des « stars » de la musique, accéder à la notoriété et à la célébrité en chantant. Est-ce un signe des temps ? L’analogie mérite réflexion.

Ceux qui désirent aujourd’hui continuer d’affirmer avec la Bible que la louange en tant que telle doit être absolument sainte, réservée à Dieu, seront amenés à reconnaître également que la louange ne peut donc pas devenir un objet commercial, une marchandise, sans perdre sa sainteté. Elle prend alors le risque de devenir simplement de la musique, au même titre que ce qui relève du domaine profane. Il s’agit là d’un principe spirituel.

Exode 30:34-37

Et l’Eternel dit à Moïse: Prends des épices odoriférantes, du stacte, et de la coquille odorante, et du galbanum, des épices odoriférantes, et de l’encens pur: de tout, à poids égal; et tu en feras un encens composé, d’ouvrage de parfumeur, salé, pur, saint. … Et quant à l’encens que tu feras, vous n’en ferez point pour vous selon les mêmes proportions: tu le considéreras, saint, consacré à l’Eternel.

Cette réalité, soulignée ici, ne doit pas être occultée au profit d’un raisonnement progressiste. Partager la louange est une chose très bonne, faire en sorte que le monde prenne connaissance de ce que nous avons reçu – gratuitement – par l’inspiration du Saint-Esprit est également très bon, mais faire de cette louange un « produit » de consommation, c’est mélanger des considérations matérielles, financières aux considérations spirituelles.

Dans bien des cas, cette musique chrétienne serait davantage à classer dans la catégorie des musiques engagées, défendant certaines valeurs du christianisme (pas toutes), témoignant donc que des artistes et des créateurs, parfois de premier plan, s’impliquent pour la cause de Dieu. Il serait donc préférable de lui donner (en fait, de lui rendre) cette identité, qui correspond mieux à la réalité, plutôt que de laisser s’installer la confusion entre la louange, l’adoration et des créations musicales de plus en plus libres.

D’un point de vue spirituel, c’est la musique qui est l’écrin de la vérité, et non le contraire. Il ne sert à rien de «sanctifier» la musique, comme il ne devrait pas être nécessaire de rappeler à des enfants de Dieu, à fortiori des disciples, que le plus bel écrin ne pourra compenser la faiblesse ou l’absence de la Vérité dans les vies. Nous pourrions même dire que la Vérité est capable de se contenter d’un écrin très simple (voire de pas d’écrin du tout, comme dans les réveils connus), ce qui n’altérera jamais sa puissance. Aujourd’hui, on laisse entendre, dans un message implicite, que «la louange et l’adoration» amèneront le Réveil ou l’onction de l’approbation divine, alors que c’est l’obéissance et l’amour de la Vérité que les Écritures décrivent comme des facteurs essentiels de la vie chrétienne.

La volonté de Dieu est – et a toujours été, incontestablement – de pourvoir aux besoins de l’évangélisation et du témoignage, c’est une des raisons pour lesquelles le Saint-Esprit a été donné. Mais dans bien des cas aujourd’hui, reconnaissons-le, nous trouvons des palliatifs pour mener à bien nos plans, nos programmes, nos campagnes. Un bon appel à la générosité, des coupons de participation, un orateur persuasif, des souscriptions dégressives, la vente (et parfois la pré-vente) de ce qui est devenu une marchandise, et nous suivons nos objectifs – pour le royaume de Dieu bien sûr ! – sans avoir à nous soumettre à l’approbation céleste finale.

La gratuité aura bientôt complètement disparu d’un christianisme noyauté par le matérialisme : «Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement» (Matthieu 10:8). Chercher la gratuité serait pourtant un chemin et une lutte qui honoreraient Dieu.

En réalité, c’est le siècle qui a changé et qui a déteint sur le cœur des chrétiens, mais, plus grave encore, sur le cœur de ceux qui avaient été appelés à être des héros de la foi, des entrepreneurs pour Dieu. L’atmosphère de « vitesse » que le monde fait peser sur les hommes, l’obligation rapide de résultat, la course à la réussite impriment leur mouvement tyrannique sur le christianisme, et dans la quête obsessionnelles des raccourcis, nous sommes naturellement prêts à emprunter tous les chemins qui mènent à Rome, pourvu que nous évitions cette croix trop exigeante et trop dure pour l’âme, trop lente pour nos plannings.

Mais si la Bible est bien restée notre point de rencontre pour comprendre la Vérité et les grands principes du Bien et du Mal, alors nous continuerons, comme nos pères dans la foi, à respecter ses propres définitions. Car la redéfinition de nouveaux standards serait le signe du début de notre apostasie.

3- Le mélange des styles, la confusion des genres

(à suivre)

Nom