Antoine KATOTO : La production à l'épreuve de l'évolution technologique

Par redaction

Architecte et administrateur des sociétés monsieur Antoine Katoto est propriétaire de KIN-EXPRESS Productions un label spécialisé dans la production et la distribution de la musique gospel en République Démocratique du Congo et dans le monde. Marié à Claudine Katoto avec qui ils ont 3 enfants, deux garçons et une fille, Antoine Katoto est chrétien, membre du Centre Evangélique Francophone LA PAROLE DU SALUT du pasteur Jean-Claude SAFARI N. Il nous parle du domaine de la production à l’épreuve de la modernité et de l’évolution technologique.

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Gospelmuzik.cd : Durant les 20 dernières années, vous avez accompagné le gospel congolais dans la production et la distribution des œuvres d’artistes chantres gospel. Quel sentiment vous anime après autant d’années dans l’industrie musicale ? Et quelle lecture faites-vous du gospel congolais en ces jours ?

Antoine Katoto : Notre joie est que nous avons presque atteint les objectifs que nous nous sommes assigné quand nous avions reçu cet appel.

- La musique chrétienne congolaise a joué et continue de jouer un rôle très important dans l’évangélisation. Elle parcourt le monde entier même là ou aucune personne ne pouvait y arriver pour prêcher l’évangile ! Elle reste l’élément principal que l’on utilise toujours avant d’apporter la parole.

- Les musiciens chrétiens ont pu pour ne pas dire peuvent aujourd’hui vivre de leurs musiques ! Ils ne sont plus comme des mendiants, mais cela dépend aussi de la grâce de chacun et de son attachement au Seigneur.

- La musique chrétienne a retrouvé ses lettres de noblesse tant du point de vue de la qualité que de la présentation. Elle n’a rien à envier de la musique de divertissement que les autres appellent musique païenne comme ce fut le cas près de 20 ans en arrière. La musique chrétienne a atteint le même standing que l’autre musique et n’est plus considéré comme une musique de deuil ! Elle se consomme partout et se vend comme toute autre musique.

En général, le gospel congolais suit son parcours normal malgré les hauts et les bas dû à la non-assistance du pouvoir public et à l’évolution technologique. Cet aspect ne concerne pas seulement le gospel, mais la musique congolaise en générale. De ce qui précède, nous constatons que la commercialisation est confrontée à la piraterie d’une part et d’autre part la disparition en grande échelle de la consommation des supports physiques qui sont les CDs et DVDs. 

La nouvelle technologie de vente en ligne est encore presque méconnue par plusieurs et le pouvoir d'achat ne permet pas à tout le monde malgré les bruits que nous faisons dans les médias.

Gospelmuzik.cd : Puisque vous parlez de l’évolution technologique, elle n’est pas sans conséquence. Est-ce que la production et la distribution des CDs, qui constitue la majeure partie de vos activités est-elle la même qu’avant ?

Antoine Katoto : Non ! La production et la distribution des CDs ou DVDs ont baissé de plus de 90 %. À ce jour, KIN-EXPRESS Productions se retrouve avec plus de 100.000 CDs et DVDs invendus. Les gens se contentent d’écouter ou de regarder en utilisant la nouvelle technologie via Internet. Nous pouvons citer le téléchargement, le « streaming », la Video On Demand (VoD - vidéo à la demande) et des abonnements dans diverses plateformes (…) une technologie qui n’est pas encore développée et maîtrisé chez nous … Je ne manquerai pas aussi de souligner que la nouvelle technologie est un couteau à double tranchant pour les jeunes talents ! 

Gospelmuzik.cd : 100.000 invendus, c’est énorme comme chiffre. Quelles sont les stratégies mises en place pour palier à ce déficit ?

Antoine Katoto : Il faut d’abord que les artistes comprennent que la donne a changé et qu’il faut négocier autrement. 

On n’est plus dans le temps où on déboursait facilement des milliers des dollars pour un album. Et comme cela est incompris de ces derniers, les producteurs se font rares et la plupart des chantres font l’autoproduction. 

Quel résultat ont-ils de cette autoproduction ? Quant à ce qui nous concerne, tous nos produits sont disponibles dans toutes les grandes plateformes de téléchargement et d’écoute de la musique y compris la vidéo. Nous aidons aussi les artistes qui veulent bien profiter de notre label pour la vente en ligne de leurs œuvres. Nous sommes présent sur toutes ces plateformes, et mêmes d’autres comme iTunes, Spotify, Google play, Tidal, YouTube music etc... Le problème qui se pose est que nous n’avons pas un pouvoir d’achat et surtout l’indisponibilité des cartes bancaires auprès de la population. On ne peut avoir accès à cette méthode d’achat que si et seulement si on a une carte bancaire. On trouve en Europe où aux USA des cartes prépayées, mais qui sont régionalisées. Raison pour laquelle on ne gagne que sur la consommation extérieure et non interne.

Gospelmuzik.cd : Vous dites que la nouvelle technologie est un couteau à double tranchant. Pouvez-vous être un peu plus claire ?

Antoine Katoto : Un couteau à double tranchant parce que cette technologie donne l’impression de la facilité pourtant ce n’est pas le cas. 

La compétition devient rude, car on retrouve dans un même terrain les vieux et les petits, les anciens et les nouveaux. Le fait de mettre sur internet ne garantit pas sa vente et son élévation. Sur toutes les plateformes on trouve des millions d'artistes et des milliards des titres. 

Par quelle magie va-t-on faire un choix sur ta personne ou ton titre sans que tu ne sois connu ? Cette technologie nécessite un travail intellectuel et non physique. Raison pour laquelle les Artistes doivent avoir des managers compétents et capables de gérer l’internet. Les gens confondent les vues sur YouTube à l’argent sans pour autant maîtriser comment ça se passe. On ne peut espérer avoir un payement sur YouTube que si la chaîne est monétisée !

Gospelmuzik.cd : L'autoproduction paraît à tout point de vue une menace pour votre business ? Un vrai suicide.

Antoine Katoto : L’autoproduction un suicide pour notre métier ! Oui et Non à la fois. Oui, pour les producteurs parvenus, ceux qui n’ont pas cherché à professionnaliser leur boulot et qui se limitaient uniquement sur des accords mal définis et sans contrat. Non, pour ceux qui ont perfectionné et professionnalisé leur boulot. En étant membre de la SACEM, je gagnerai durant toute ma vie et voir même mes enfants ma part sur les DA en tant qu’éditeur. Je reste propriétaire des droits commerciaux des œuvres qui m’ont été cédé par les artistes qui avaient exigé un cachet.

Gospelmuzik.cd : À quel niveau votre label intervient-il pour aider les artistes dans l’option d’une vente en ligne ?

Antoine Katoto : Par la distribution digitale. On signe un contrat sur lequel l’artiste me cède la gestion de son album ou de ses œuvres sur Internet.

La rédaction

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